L’hypersensibilité, côté coulisse
Personnellement, je n’ai appris qu’à 40 ans que j’étais hypersensible. Quel soulagement! Je n’étais pas folle, chiante, ou too much mais juste hypersensible. Je crois que c’est le mot qui ne me parlait pas du tout, et qui ne me parle toujours pas. Il n’est qu’un outil de compréhension, pas une identité à endosser.
Passons au dessus de ce mot qui ne nous plaît pas et nous met toutes d’accord sur ce point pour exposer dans les grandes lignes ce qu’est l’hypersensibilité et pourquoi il est essentiel de la reconnaître pour vivre en harmonie avec elle.
Il y a des personnes qui savent très vite qu’elles sont hypersensibles.
Et puis il y a toutes les autres.
Celles qui disent :
- Je suis juste fatiguée.
- « J’ai besoin de calme » lors d’une soirée animée super sympa, mais là « je n’en peux plus ».
- La lumière dans ce restaurant m’est insupportable mais comment oserais-je me plaindre, ça ne dérange personne d’autre.
- Je ressens trop mais comme je suis la seule personne incommodée, je me tais.
- Il faut que je tienne le coup alors que tout le monde s’amuse.
Beaucoup ne se reconnaissent pas dans le mot hypersensible. Il fait peur, il agace, il donne l’impression d’un truc fragile, instable, émotionnellement ingérable.
Alors commençons autrement.
L’hypersensibilité n’est pas :
- Etre faible.
- Etre trop émotive.
- Manquer de solidité.
- Pleurer devant les pubs (bien que…) ou s’effondrer à la moindre contrariété.
- Ce n’est certainement pas non plus une mode.
Ça a toujours existé mais ne portait pas de nom.
L’hypersensibilité, telle que décrite par Else-Marie Bruhner, est avant tout un mode de fonctionnement.
Certaines personnes perçoivent simplement plus d’informations, plus finement, plus (trop?) intensément.
Quand tu es hypersensible :
- Le bruit environnant prend énormément de place, au point qu’il peut être parfois difficile de suivre une conversation, qu’un bruit de paquet de chips au cinéma te donne envie de sortir une Kalachnikov ou qu’une conversation intense au téléphone de ton voisin dans le métro te rend dingue malgré ton casque anti bruit.
- La lumière, trop intense, ou pire, qui bouge, peut t’agresser.
- Les odeurs qui t’envahissent.
- Un simple grain de sable dans la chaussure ou une étiquette qui gratte devient le centre de ton attention jusqu’à ce que tu aies réglé le problème.
Le cerveau traite toutes ces informations au même niveau.
Par exemple, une personne qui te parle dans un resto bruyant te demande énormément d’effort car tu suis en même temps les conversations de toutes les tables autour de toi, tu écoutes la musique, tu ressens l’agitation, tu vois une miette sur la table qui n’est pas à toi, tu trouves que la table aurait dû être mieux nettoyée, que ça ne sent pas bon à cause des manteaux qui sèchent derrière toi…
Tu as pensé à beaucoup plus de choses mais si je continue, la phrase est trop longue.
Tu sors de là épuisée par surstimulation.
Pourquoi beaucoup vivent sans savoir?
Parce que le monde n’est pas vraiment réglé pour ça, c’est le principe du 20% 80% de Else Marie Bruhner.
Sont valorisés pour les 80% :
- la rapidité
- le bruit
- la stimulation permanente
- l’adaptation constante
Alors très tôt, les hypersensibles (20%) apprennent à :
- encaisser
- s’adapter
- se taire
- se corriger
Ils deviennent souvent :
- performants
- consciencieux
- attentifs aux autres
…mais épuisés sans comprendre pourquoi.
Ils pensent que le problème vient d’eux. Alors qu’il vient souvent du décalage entre leur fonctionnement et leur environnement.
Hypersensible mais pas fragile
Pour moi, hypersensibilité = vulnérabilité + puissance
Ça semble contradictoire mais c’est ce que je ressens et c’est moi qui écris…
C’est un point essentiel.
L’hypersensibilité inclut :
- une grande capacité d’empathie
- une intelligence émotionnelle fine
- un sens aigu du détail
- une forte intuition
- une sensibilité esthétique développée
Dans certains métiers, comme le mien, c’est une véritable compétence à condition de ne pas lutter contre.
Le vrai virage : arrêter de fermer les yeux
Le cœur du message d’Else-Marie Bruhner est simple et puissant :
le problème n’est pas d’être hypersensible mais de vivre comme si on ne l’était pas.
Il ne s’agit pas de changer qui l’on est, mais de :
- comprendre ses seuils
- organiser son environnement
- respecter ses rythmes
- arrêter de se comparer à des fonctionnements différents
Autrement dit :
Passer de « qu’est-ce qui cloche chez moi » à « comment je fonctionne, concrètement ».
En pratique pour moi :
- Quand je suis fatiguée, je rentre (et surtout, je dors, nous avons besoin de plus de sommeil que les autres 80%).
- Après une surstimulation, je m’isole. Ça n’est pas toujours possible et dans ce cas, la pression monte comme dans la cocotte minute de Maman qui sifflait épouvantablement quand c’était cuit. Et je n’ai pas envie de siffler comme une casserole.
- Je change de place sans complexe quand je suis mal entourée dans le métro ou quand la place au restaurant ne me convient pas (courant d’air par exemple).
- J’ai plusieurs systèmes de protection contre le bruit avec moi.
- J’ai compris que je devais simplement m’observer et que quand le « trop » arrive, je ne peux que m’en aller. Lutter ne fonctionne pas et si je choisis malgré tout cette option, je me fais du mal, ou je risque de siffler comme une casserole (stade ultérieur à éviter absolument).
Je me rends compte que dresser une liste est compliqué car ce mode de fonctionnement est permanent et que chaque situation du quotidien entraîne son lot de désagréments, à nous d’y répondre pour rendre notre vie plus douce.
Les avantages, à la hauteur des inconvénients
- L’instinct, qui nous prévient de tout et nous permet de prendre de bonnes décisions. J’ai bien sûr tenté de passer outre mais j’ai toujours eu tort. Ça, je l’ai compris bien avant mes 40 ans.
- Autant le négatif est pire pour nous que pour les autres, autant le positif est bien plus puissant et nous emmène dans des joies intenses.
- Ce cerveau sans filtre nous permet de percevoir avant les autres où aller (ou ne pas aller d’ailleurs).
- Même dans les pires moments, une espèce de force permet de garder une forme d’équilibre, de garder le cap ou de le retrouver.
- Ce fonctionnement donne aussi une grande capacité d’adaptation. Quand on s’écoute, on sait ajuster, déplacer, réorganiser. Changer de trajectoire sans s’entêter.
Intelligence supérieure
Il semble qu’il n’y a que quelques % de personnes supérieurement intelligentes (genre 3 ou 4), donc, avec nos 20% d’hypersensibles, il y a nettement plus de chances que tu sois juste « normale ».
Aller plus loin
Sur le site d’Else-Marie Bruhner, il existe un questionnaire simple, qui permet de voir si ce mode de fonctionnement vous correspond… ou pas. On y trouve également de nombreux articles pour approfondir le sujet, à son rythme.
Son livre Hypersensible… et alors ? est par ailleurs très agréable à lire, clair et accessible. Il permet de se faire une première idée, sans jargon ni dramatisation.
Et Lison dans tout ça?
Il existe aujourd’hui beaucoup de livres, de podcasts, de vidéos sur l’hypersensibilité. Tant mieux, il était temps. Mais j’avais envie de créer autre chose.
Quelque chose de plus personnel, forcément teinté par mon métier d’architecte d’intérieur.
Un endroit où l’on parle moins de concepts et davantage de vécu.
Des lieux, des ambiances, des lumières, du bruit, de la fatigue… et de ce que tout cela nous fait, concrètement.
Lison, c’est l’idée d’un petit espace dans l’immensité d’internet.
Un endroit un peu doux qui ne soit ni mièvre ni prise de tête.
Qui ne minimise pas ce que l’on vit au quotidien, sans pour autant le dramatiser.
Ici, il n’y a pas de grandes vérités ni de recettes miracles.
Juste des questions, des constats, des expériences partagées.
Et parfois, des pistes pour rendre la vie plus agréable.
Je t’invite à partager tes propres expériences dans les commentaires.