Chacun le sien.
Commençons par convoquer Larry et Bobby (comprendre Larousse et Le Robert, oui j’ai des amis sérieux).
D’après Larry : Recherche de solutions requérant le minimum d’effort, de bouleversements (par opposition à maximalisme)
D’après Bobby : Simplification extrême (d’une décoration, d’une façon de procéder). – Mode de vie consistant à limiter ses possessions et sa consommation.
Dis comme ça, on dirait un dimanche de randonnée, il commence à pleuvoir et la voiture est très très loin.
Pourquoi je te parle du minimalisme?
Grâce à l’algorithme de ma liseuse.
Tu vas me dire que c’est le temple de la consommation, ce qui est vrai mais quand tu tombes sur des pépites ma foi…
Il m’a donc proposé, sans que je m’y sois jamais intéressée particulièrement, le livre sur le minimalisme de Fumio Sasaki « L’essentiel et rien d’autre ».
Moi qui adore les objets, je me suis dit, allons voir ce qu’il raconte ce Monsieur qui vit presque dans un tiroir.
Et j’ai été secouée.
Selon lui, nos objets parlent à notre place.
- Une montre chère = je réussis.
- Une bibliothèque fournie = je pense.
- Des tableaux = j’ai du goût.
- Une cuisine équipée = je suis un chef.
Mais, est-ce que j’ai besoin de tous ces objets pour prouver ma valeur?
Ou est-ce que je brouille les pistes?
« La question, elle est vite répondue » (je ne cite personne mais nous avons toutes la ref.)
Vivre avec 200 objets
50 selon certains.
200 selon d’autres.
Restons sur 200, ça me parait déjà extrême.
Je viens de compter ce qu’il y a sur et autour de mon bureau : 43 objets!
Sans ouvrir les tiroirs.
Sans compter les vêtements.
Il neige dehors.
Je porte 4 couches.
Je suis radine en chauffage mais riche en textile.
Sans le thé qui infuse (une tasse et un Thermos en approche).
De quoi pourrais-je me débarrasser ? Peut-être de tout.
De quoi ai-je envie de me passer ? De rien.
Mais continuons…
Ce n’est pas Marie Kondo
Avec Marie Kondo, au moins, tu gardes ce qui te met en joie. Ici non, tu jettes tout.
Bon, tu peux prendre des photos de tes futurs déchets pour garder des souvenirs.
Les réserves? Pas de réserves.
Le livre date de 2015. Depuis il nous est quand même conseillé d’avoir 3 paquets de pâtes et une lampe torche. Le monde a changé.
Et ce qui coûte cher? On s’en fout, tu te sentiras mieux après, ça n’a pas de prix.
Minimalisme = partage
Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans ce livre c’est l’idée de considérer les magasins comme des entrepôts personnels.
Dit comme ça, c’est brillant.
Pourquoi stocker chez toi si le magasin peut le faire à ta place ?
Le supermarché du coin garde tes conserves, surveille les dates de péremption, gère les ruptures de stock, multiplie les marques pour satisfaire tous les goûts possibles…
Il absorbe les changements d’humeur, les nouvelles envies, les caprices alimentaires…
Pas de regrets, tu n’as encore rien acheté.
Tout est là.
A disposition.
Sans occuper un centimètre carré chez toi.
Sur le papier, c’est parfait.
Pourquoi un grand salon si tu peux utiliser un café ?
Le café devient une extension de ton lieu de vie.
Tu peux y travailler.
Recevoir
Lire
Observer la vie…
Ambiance choisie.
Chauffage compris.
Pas de vaisselle.
Mais je me pose quand même la question, si je ne commande plus, est-ce que je peux rester ?
Pourquoi une salle à manger si les restaurants existent ?
Pas de courses.
Pas de préparation.
Pas de table à dresser.
Pas de dispute sur la cuisson des pâtes.
Chacun choisit son plat.
Le service est inclus.
La réussite est (en principe) garantie.
C’est confortable.
Mais est-ce que l’on y parle pareil qu’autour de sa propre table ?
Est-ce que l’on y traîne en pyjama ?
Est-ce que l’on y pleure sans retenue ?
Pourquoi accumuler de l’art si les musées en sont pleins ?
Ils possèdent sans doute des œuvres infiniment plus puissantes que celles que nous pouvons nous offrir.
Des chefs-d’œuvre, accessibles pour quelques euros.
Alors pourquoi vouloir une reproduction chez soi ?
Peut-être parce qu’un musée ne t’appartient pas.
Il ne te connaît pas.
Il ne vit pas avec toi.
Pourquoi avoir un jardin s’il existe des parcs ?
La commune t’offre l’entretien.
Les allées sont propres.
Les arbres sont majestueux.
Tu n’as plus qu’à profiter.
Mais dans un parc, tu es visiteuse.
Dans ton jardin, tu es chez toi.
La nuance est subtile.
Mais à mon sens, elle change tout.
Pourquoi acheter si tu peux emprunter, louer, partager ?
Il est vrai que beaucoup d’objets dorment 95 % du temps.
Une perceuse.
Une échelle.
Une ponceuse industrielle (coucou la mienne).
Ces objets prennent de la place, réclament du rangement, rappellent des travaux jamais terminés.
Les partager serait rationnel.
Plus écologique.
Plus léger.
Et pourtant…
Je garde mon échelle depuis des années.
Comme si elle portait en elle une possibilité.
Un « au cas où ».
Une sécurité invisible.
Peut-être que le minimalisme commence là :
dans la confrontation entre la logique et l’attachement.
Mon côté hypersensible qui aime le calme et la solitude a légèrement transpiré face tout cela.
Mais quand j’y pense, c’est très intéressant.
Le minimalisme, qu’est-ce que ça apporte?
- Découvrir ta singularité. Bien sûr puisque tu n’as plus rien pour faire croire que tu es quelqu’un d’autre.
- Tu ne perds plus ton temps à chercher des souvenirs en vacances.
- Pas très drôle, mais tu causes moins de soucis à tes proches lors de ton décès.
- Perte de poids et diminution de la consommation d’alcool! Oui, apparemment, ça déborde jusque là !
- Elimine les distractions pour se concentrer sur l’essentiel.
- Diminution drastique du temps passé au ménage.
- Moins de frais.
- Gain de temps en général car les objets, il faut non seulement les choisir, les acheter mais aussi les entretenir.
- Tu déménages en 30 minutes.
- Tu peux fuir une catastrophe naturelle avec un sac en quelques secondes.
- Plus besoin de chercher les objets perdus.
- Arrêter de se comparer aux autres.
- Profiter de l’instant présent.
Avoue que ça laisse songeur…
Ce que je retiens
Les objets donnent un shoot de plaisir court.
Puis tu t’habitues.
Puis tu trouves ça normal.
Puis tu t’en lasse.
Sans eux, nous récupérons de l’espace mental, de la liberté et du temps.
Mais alors, Lison devient minimaliste?
Ça me parle beaucoup mais non.
Le minimalisme, c’est comme la bolo.
Il y a la recette italienne traditionnelle.
Et il y a la mienne, avec carottes, poivrons et petite touche secrète.
Je n’ai aucune envie de vivre avec 200 objets (pour le moment).
Mais ce livre m’a donné envie de me débarrasser d’un objet précis.
Il trône au milieu de mon salon depuis des années.
Il a coûté cher.
Je ne l’utilise jamais.
Il me culpabilise.
Il ne me rappelle même pas un bon souvenir.
Lui, il ne va pas tarder à partir.
J’hésite à te le montrer…
Je te le montre quand même.

Et toi, si tu ne pouvais garder que l’essentiel, qu’est-ce qui resterait?


