Vitesse

J’aurais préféré l’escargot mais La Fontaine a choisi la tortue

Dans un cas comme dans l’autre, ils ont leur maison sur le dos. Rassurant.

(conte pour un monde pressé)

Rien ne sert de courir.
On court quand même.

On ne sait plus très bien depuis quand, ni vers quoi.
On court parce que ça circule.
Parce que tout circule.
Tout le temps.
Dans tous les sens.

Dans ce monde courait le Lièvre.
Il ne faisait pas exprès.
Il était simplement le rythme.

Il surgissait partout :

  • dans les notifications,
  • dans les injonctions à publier,
  • dans les “il faut réagir maintenant”,
  • dans l’idée que si tu t’arrêtes, tu disparais.

Le Lièvre ne regardait pas autour de lui.
Il courait parce que tout courait.

Et puis, dans un coin du paysage, avançait la Tortue.
Elle n’essayait pas de ralentir le monde.
Elle avançait juste à sa vitesse.

Avec sa maison sur le dos.
Avec des pauses.
Avec des silences.

Le Lièvre la frôlait sans la voir.
Il ne se moquait même pas.
Il n’avait pas le temps.

La Tortue, elle, voyait passer le Lièvre.
Elle sentait parfois la pression de son souffle.
Ça la faisait douter.

Je devrais peut-être accélérer…
Je devrais suivre le mouvement…

Mais chaque fois qu’elle essayait,
elle se sentait se fissurer.

Alors elle revenait à son pas.
Celui qui lui permettait de rester entière.

Le Lièvre continuait de courir.
Il changeait souvent de direction.
Il laissait derrière lui beaucoup de traces…
et beaucoup d’épuisement.

La Tortue, elle, avançait peu.
Mais chaque pas la maintenait vivante.

Certaines personnes, fatiguées de courir,
s’asseyaient un moment près d’elle.
Elles ne disaient pas grand-chose.

Elles respiraient.

Et la Tortue comprit ceci :

Le lièvre n’est pas un ennemi.
Il est le rythme du monde.
Mais rien n’oblige à courir avec lui.

Alors elle continua.
Sans défier.
Sans expliquer.
Sans promettre.

Juste à la vitesse nécessaire
pour ne pas se perdre.

Si tu lis ceci en courant encore,
c’est très bien aussi.

Tout le monde ne peut pas s’arrêter.
Tout le monde n’en a pas la possibilité,
ni l’espace,
ni la sécurité.

Mais savoir qu’un autre rythme existe,
même lointain,
même théorique,
peut parfois suffire pour aujourd’hui.

(La tortue ne t’en voudra pas.
Elle n’est pas du genre à regarder sa montre.)

Et toi, tu aspires aussi à un autre rythme?

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