La chambre à coucher, lieu de sommeil, de repos… et de tous les délices.
Mon plus grand plaisir le dimanche matin : flâner au lit.
La lumière entre doucement, passe à travers les stores vénitiens et dessine des lignes sur les rideaux. On se croirait dans un film. J’adore.
Je peux y lire jusqu’à midi sans la moindre culpabilité.

Chez soi
Au départ, je voulais écrire sur le plaisir d’être chez soi, entouré de nos affaires rassurantes et de profiter des moments de solitude dans ce lieu protecteur.
Et puis, j’ai ouvert le livre de Mona Chollet « Chez soi » pour voir ce qu’en dit une personne qui revendique haut et fort son droit à être casanière.
Le livre m’a amenée ailleurs :
Elle explique dans un court passage, qu’elle a croisé deux sans-abri qui dormaient dans une entrée d’immeuble, comme un couple traditionnel mais avec des bonnets sur la tête pour se protéger du froid.
Une scène d’intimité à laquelle il manque presque tout : un toit, des murs, une porte.
Et pourtant, ils dorment ensemble. Dans ce qui ressemble à un lit. Pas sur des cartons. Un semblant d’intimité mais offert au regard de tous. Ce qui frappe, c’est le décalage : le lit est le meuble le plus intime qui soit. Il n’a rien à faire dans la rue.
Et puis, il y a nous. En allant nous coucher, nous avons l’impression de nous retirer du monde. Mais ce n’est pas tout à fait vrai.
Dormir, c’est aussi faire partie d’un groupe.
Une ville, au fond, pourrait être vue comme ça : une communauté de personnes qui acceptent de s’endormir les unes à côté des autres. Qui se font suffisamment confiance pour fermer les yeux.
Et qui, sans se le dire, se promettent de protéger le sommeil de chacun.
Sauf que cette promesse n’est pas tenue pour tout le monde.
Pendant longtemps, ceux qui détenaient le pouvoir, avaient le devoir de permettre à chacun de dormir en sécurité (dans un confort parfois relatif) mais en sécurité tout de même.
Aujourd’hui, le droit de dormir tranquille ressemble de plus en plus à un privilège.
Certains dorment à l’abri, d’autres font ce qu’ils peuvent pour grappiller des moments de repos qui sont pourtant vitaux.
Alexandre le bienheureux
Et pendant que certains sont exclus malgré eux de ce cercle de dormeurs tranquilles, d’autres en sortent volontairement et de façon radicale.
Il y a un film qui m’a toujours fait rêver, peut-être parce qu’il pousse à l’absurde ce que beaucoup d’entre nous fantasment en secret.
Tu te souviens d’Alexandre le bienheureux ?
Après des années de dur labeur sous la coupe de sa femme, il profite de sa disparition pour faire un choix radical : ne plus rien faire. A part… dormir.
Jour et nuit.
Evidemment, ça ne plait pas du tout au village qui va tout faire pour le sortir de cette langueur qui les dérange au plus au point. Pourquoi d’ailleurs?
Les passages où on le voit attraper depuis son lit, sans se lever, le saucisson et le couteau suspendus à une corde au-dessus de lui – ou se faire livrer à manger par son chien – sont toujours aussi savoureux.
Par contre, ce qui m’a frappée aujourd’hui (beaucoup moins à l’époque), c’est la misogynie du film.
Quand les femmes ne sont pas des tyrans, elles sont insignifiantes.
Et quand, miracle, elles sont adorables, elles deviennent intéressées.
Mais ne jetons pas Alexandre avec l’eau du bain, au fond, il n’a peut-être pas tout à fait tort. Le repos est un besoin. Et parfois, il se prend sans demander la permission à personne.
Le sommeil
Entre ceux qui n’ont pas de lit et celui qui ne le quitte plus, il y a nous, qui avons la chance d’avoir une chambre, et qui pourtant ne dormons pas toujours bien.
Le sommeil est une préoccupation pour beaucoup d’entre nous. Mais même à l’abri, dans une chambre, derrière une porte fermée, il ne vient pas toujours.
Il résiste.
Il se fragmente.
Il se fait attendre.
Comme s’il ne suffisait pas d’avoir un lit pour vraiment se reposer.
C’est pourtant l’un des trois piliers fondamentaux de notre santé avec la nourriture et le sport.
Nous le savons. Nous y travaillons. Mais nos vies ne sont pas toujours taillées pour ça – les horaires, le stress, les écrans, le bruit, les enfants, les nuits trop courtes enchaînées sans que nous l’ayons vraiment choisi.
Nous créons nos propres règles en tâtonnant. En ce qui me concerne, il me suffit d’éviter le vin pour sauver ma nuit.
Et toi, tu es plutôt Alexandre le bienheureux le dimanche matin ou tu culpabilise dès que le soleil est trop haut?



4 réponses
Je disais justement hier à mon compagnon qui s’appelle Alexandre et qui adore dormir 😉 que le meilleur investissement que j’ai fait en 2025 était mon matelas ! je ne réalisais pas à quel point c était important. Le sommeil est effectivement fondamental !!
Je crois qu’Alexandre a tout compris à la vie 😄
Et oui… le matelas, c’est typiquement le genre d’investissement qu’on sous-estime jusqu’au jour où on change — et là, impossible de revenir en arrière.
C’est fou comme on peut négliger quelque chose d’aussi fondamental que le sommeil… alors que ça change tout.
Merci pour votre message
Maîtriser le sommeil est un vrai défi et source d’une attentionchronique en effet. il est indispensable pour recharger nos batteries et ne pas tomber malade d’épuisement…..passer une bonne nuit est le premier cadeau d’un début de journée…..se réveiller fatigué(e) est souvent mon quotidien. J’ai aimé ta réflexion politique sur le droit de chacun-e à pouvoir dormir en sécurité. Mais aussi sur le fait que lorsqu’on est deux enlassés ou blottis l’un contre l’autre, plus rien n’ a vraiment d’importance…..ma référence c’est la chanson les Fourmis rouges de Michel Jonasz….un bijou de romantisme et d’émotion…..une très belle définition du sentiment amoureux…..
Merci Frédérique, ton message me touche beaucoup.
Tu mets des mots très justes sur ces réveils fatigués… je vois tellement bien.
Contente que la dimension du droit de dormir t’ait parlé — c’est essentiel et on l’oublie vite.
Et oui… être enlacés, et plus rien ne compte.
Je ne connais pas Les Fourmis rouges, tu me donnes envie d’écouter.
Merci pour ta lecture