Est-ce que la crise de la cinquantaine, ça existe ou non ? Je n’en suis pas encore certaine. Nous verrons à la fin de l’article.
Les premiers signes de la crise de la cinquantaine… ou autre chose ?
J’ai d’abord cherché à quel moment les premiers changements se sont montrés. Tout a commencé avec un article lu dans le Télé Moustique — je n’ai plus la télé depuis longtemps, mais ma grand-mère les gardait pour moi, pour le Sudoku, pendant qu’elle remplissait ses mots fléchés. C’est là que je suis tombée sur un article consacré à l’hypersensibilité.
Sans le savoir, je venais probablement de mettre le doigt sur le premier morceau d’un immense puzzle.
Comme souvent quand un sujet me passionne, je me suis empressée d’acheter plusieurs livres. Au fil de mes lectures, j’ai commencé à comprendre d’un seul coup une foule de choses qui, jusque-là, étaient restées sans explication : certaines réactions, certaines difficultés, certaines relations… Pour la première fois, une partie de mon histoire devenait un peu plus cohérente.
Ensuite est apparu un besoin de changement.
J’ai d’abord eu envie de déménager. Finalement, je suis restée dans ma maison, mais j’ai vidé mes armoires et rangé mon intérieur en respectant scrupuleusement la méthode de Marie Kondo. Avec le recul, je me demande si je n’essayais pas déjà de mettre un peu d’ordre dans autre chose que mes placards.
Peu après, j’ai suivi une formation en ligne sur l’apprentissage. Cela peut sembler n’avoir aucun rapport. Pourtant, c’en avait un. Pendant des années, je m’étais convaincue que je n’étais tout simplement pas douée pour les études. Cette formation m’a fait comprendre qu’avec une méthode adaptée, mon parcours scolaire aurait sans doute été bien moins chaotique. Là encore, j’étais en train de revisiter une partie de mon histoire.
Et puis il y a eu la séparation.
Violente.
Du jour au lendemain, cette exploration de moi-même est passée au second plan. Il fallait trouver un logement, reconstruire un quotidien, imaginer un avenir en solo. Les questions existentielles attendraient.
Il m’a fallu près de cinq ans avant de reprendre ce chemin là où je l’avais laissé.
Pourquoi ressent-on le besoin de changer au milieu de la vie ?
Au fil de mes lectures, j’ai découvert une idée qui m’a beaucoup parlé.
La première moitié de notre vie consiste souvent à trouver notre place. À l’école, dans notre famille, au travail, dans notre couple… Nous apprenons très vite ce qui est bien vu et ce qui l’est moins. Alors, sans même nous en rendre compte, nous nous adaptons.
C’est probablement indispensable. Un enfant qui refuse systématiquement les règles du groupe risque de le payer cher. Se conformer est, au moins en partie, une stratégie de survie.
Le problème, c’est qu’à force de nous adapter, nous finissons parfois par laisser de côté des morceaux de nous-mêmes. Une sensibilité jugée excessive. Une créativité peu valorisée. Des envies qui ne rentrent pas dans les cases. Nous les faisons taire parce que cela semble plus simple.
Mais ces parts de nous ne disparaissent pas pour autant.
J’ai l’impression qu’elles attendent patiemment leur heure. Et qu’au milieu de la vie, elles deviennent parfois beaucoup moins discrètes. Comme si elles nous soufflaient enfin : « Maintenant, est-ce que tu pourrais t’occuper un peu de moi ? »
Mais bien sûr voyons, je n’ai que ça à faire.
La crise de la cinquantaine pousse-t-elle vraiment à tout changer ?
Pourtant, quand cette petite voix commence à parler, il vaut peut-être mieux lui prêter une oreille attentive. Si tu fais semblant de ne pas l’entendre, elle ne disparaît pas. Elle insiste. Elle revient. Et parfois, elle finit par se faire entendre d’une manière beaucoup moins délicate.
La tentation est grande à ce moment là de mettre le bazar dans sa vie, que ce soit au niveau du travail, de la maison, du couple. Bref, tout ce qui nous entoure.
Comme je l’écrivais dans Je n’aime pas le changement, la vraie question n’est peut-être pas de savoir si nous aimons le changement, mais quel prix nous sommes prêts à payer pour lui.
Je connais bien cette tentation. Avant ma séparation, j’étais persuadée que je devais réinventer ma vie professionnelle. C’est à cette époque qu’est née la toute première version de Lison. Elle tenait sur quelques feuilles, quelques idées et beaucoup d’envies. Un embryon de projet, en quelque sorte.
Rien de spectaculaire, pourtant. Je ne comptais pas tout quitter du jour au lendemain. Je travaillais sur ce projet le soir, le week-end, quand j’en avais le temps. C’était une évolution lente, presque silencieuse.
Pourquoi je ne crois plus vraiment à la crise de la cinquantaine
C’est peut-être là que réside toute la confusion.
J’ai l’impression que nous mélangeons souvent deux phénomènes très différents.
D’un côté, il y a cette évolution intérieure. Une meilleure connaissance de soi. Des envies qui deviennent plus claires. Une liberté nouvelle qui permet enfin de se demander : « Et moi, qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire ? »
Et de l’autre, il y a les événements de la vie. Une séparation, un deuil, un licenciement, une maladie, le départ des enfants… Des bouleversements qui nous obligent à revoir tous nos repères.
Les deux surviennent souvent à la même période.
Alors nous parlons d’une crise de la cinquantaine.
Mais est-ce vraiment une crise ?
Ou est-ce simplement le moment où une évolution intérieure rencontre les secousses, inévitables, de l’existence ?
Finalement, j’ai l’impression que cette période ressemble davantage à une deuxième adolescence. Non pas parce que nous devenons immatures, mais parce que nous recommençons à nous demander qui nous sommes, cette fois avec cinquante années de vie derrière nous.
Je comprends mieux pourquoi certains parlent d’un mythe.
Ce n’est peut-être pas la crise de la cinquantaine qui existe.
C’est la vie qui continue de nous bousculer… pendant que, pour la première fois depuis longtemps, nous commençons enfin à nous écouter.
Nous avons toutes une histoire différente.
Certaines ont changé après une séparation, d’autres après une maladie, un nouveau travail, le départ des enfants… et parfois sans qu’un grand événement ne survienne.
Quel a été, pour toi, le point de départ de cette rencontre avec toi-même ? Raconte-moi en commentaire.



14 réponses
Pour moi, cette crise existe bel et bien, chez les femmes comme chez les hommes, mais ton analyse lui donne une profondeur très juste. Ce n’est peut-être pas l’âge qui provoque soudainement une rupture, mais la rencontre entre les bouleversements de la vie et toutes ces parts de nous-mêmes trop longtemps mises de côté. À 50 ans, on ne perd pas forcément la tête : on commence parfois simplement à ne plus vouloir se trahir. Merci pour cette réflexion profondément humaine.
Merci beaucoup pour ton commentaire. J’aime beaucoup cette idée de ne plus vouloir se trahir. C’est peut-être finalement ce qui résume le mieux cette période de la vie : moins une crise qu’un besoin grandissant d’être enfin en accord avec soi-même. Je suis ravie que cette réflexion t’ait parlé.
J’ai beaucoup aimé votre manière de nuancer cette fameuse « crise de la cinquantaine ». L’idée qu’il ne s’agisse pas forcément d’une crise, mais plutôt d’une rencontre tardive avec des parts de soi longtemps mises de côté, me paraît très juste. Pendant des années, on apprend à tenir un rôle, à répondre aux attentes, à s’adapter. Puis arrive un moment où ce qui a été repoussé demande simplement à être entendu. Finalement, ce n’est peut-être pas une rupture avec soi, mais au contraire un retour vers soi.
Merci beaucoup. C’est exactement la question que je me suis posée en écrivant cet article. Nous parlons facilement de crise, alors qu’il s’agit peut-être simplement du moment où nous cessons peu à peu de vivre uniquement à travers les attentes des autres. J’aime beaucoup ton expression « un retour vers soi ». Elle résume très bien ce que j’ai essayé d’exprimer.
J’aime beaucoup l’idée d’une seconde adolescence. Pour moi, la crise de la cinquantaine n’existe pas. Il s’agit d’un nouveau cycle qui nous permet de faire un retour sur soi et en soi.
Merci beaucoup. J’aime aussi beaucoup cette idée de nouveau cycle. C’est d’ailleurs ce qui m’a amenée à remettre en question le mot « crise ». Il donne l’impression que quelque chose se casse, alors qu’il s’agit peut-être davantage d’une période où nous apprenons enfin à mieux nous connaître et à vivre davantage en accord avec nous-mêmes.
j’aime beaucoup l’idée d’une seconde adolescence. Je pense que vers cet âge là on fait un point sur ce qu’on a réussi et sur ce qui reste de nos rêves d’enfant ou d’ados. On abandonne certains et d’autres on se dit pourquoi pas ? nous avons la maturité pour agir et choisir nos priorités.
Une maladie auto-immune m’a stoppée un moment pour justement revoir mes priorités et j’ai choisi de m’écouter et de me préserver
Merci beaucoup pour ce partage. J’aime beaucoup ce que tu dis sur les rêves que l’on laisse partir et ceux auxquels on décide enfin de donner une chance. Une maladie oblige parfois à revoir ses priorités, même si personne ne souhaiterait passer par là. J’espère que cette nouvelle façon de t’écouter et de te préserver t’apporte aujourd’hui davantage de sérénité.
Dans mon entourage, j’ai vu passer cette fameuse « crise de la cinquantaine ». Je pense surtout qu’à un moment, on prend davantage conscience de l’importance d’être connecté à soi-même.
Cela me fait penser à Vincent Cassel qui, en parlant du passé, disait : « Je me ferais moins de soucis… j’ai dépensé beaucoup trop d’énergie à stresser. »
Comme tu le soulignes, il est nécessaire de s’offrir un petit temps pour écouter une envie mise de côté depuis trop longtemps et lui faire une vraie place.
Merci beaucoup pour ce partage. J’aime beaucoup cette citation de Vincent Cassel. Avec le recul, beaucoup de personnes semblent se dire qu’elles ont consacré trop d’énergie à des inquiétudes qui n’en valaient pas la peine. Peut-être que cette période de la vie nous aide justement à faire davantage de place à ce qui compte vraiment pour nous.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que la crise de 60 ans doit être pire. J’ai passé celle de 50 et ça se passe pas trop mal, malgré l’apparition des rides et on récupère moins vite quand on sort le soir. Dans la tête j’en ai encore 30, mais le corps montre bien qu’il vieillit.
Merci pour ton commentaire. Je souris en lisant que tu as encore 30 ans dans la tête, parce que je ressens exactement la même chose ! Il y a parfois un vrai décalage entre ce que je ressens intérieurement et les petits rappels que mon corps m’envoie. C’est peut-être aussi ce décalage qui m’a donné envie d’écrire cet article.
J’aime beaucoup cet article,
Nous avons des rêves que nous avons pu accomplir ou pas en fonction des surprises de la vie …
C’est peut-être le moment d’en réaliser quelques uns.
Rendez-vous à 60 ans pour se réaliser encore et encore
Rendez-vous pris pour les 60 ans 😄 Et d’ici là, il nous reste quand même 10 ans pour en réaliser quelques-uns !