Le printemps est magnifique cette année. À tel point que Maman m’a envoyé un message pour me dire que nous devrions aller à la pépinière plus tôt que d’habitude — toutes les fleurs annuelles sont déjà là, et elles sont splendides.
Nous passons des heures sur place, comme toujours. Je monte ensuite le tout au deuxième étage sans ascenseur, je remplis mes pots, mes bacs (pour ça, j’ai toujours de l’énergie), et je prends même les étapes en photo pour en faire un joli article de printemps.

Et puis, les pigeons sont arrivés
C’était sans compter, quelques heures plus tard, sur l’arrivée d’un couple de pigeons ayant décidé d’élire domicile dans le cagibi de mon balcon.
Je vis ici depuis quatre ans. J’ai déjà eu des problèmes côté rue, mais c’est la première fois que j’en ai côté jardin. Quelle catastrophe ! Et que faire ? Je ressemble à une harpie qui court dès qu’elle les aperçoit et qui tape sur la vitre pour les chasser.
Bien sûr, nous ne vivons pas seuls. Nous sommes entourés d’autres vivants qui ont, eux aussi, le droit d’exister.
Mais je fais résolument partie de la team « pigeon = rat du ciel ». Chez moi, c’est de mon balcon avant jusqu’à mon balcon arrière — et c’est moi qui paie, donc c’est moi qui choisis mes invités.
Si je nourris les mésanges bleues, je ne souhaite pas que pigeons et corneilles se servent au passage. C’est là que je me transforme à nouveau en harpie. Mais au final, je finis toujours par perdre la bataille : je ne vais pas rester à épier toute la journée qui vient chez moi.
La dernière noix de coco remplie de graisse a carrément disparu. Je ne sais toujours pas comment ils font. Ces oiseaux sont des super-héros, ou quoi ?

La semaine passée, je me demandais si mon entourage n’influençait pas mon intérieur, dans cet article sur comment avoir un intérieur qui me ressemble. Aujourd’hui, je me demande si nous habitons ou si nous cohabitons. Je crois que nous cohabitons — et qu’il est peine perdue de vouloir imposer nos règles à la nature qui nous entoure. Encore moins à ces indésirables.
Je dis indésirables (je pense pire, je pense nuisibles). Mais nous ne sommes pas tous sur la même longueur d’onde. Une voisine dépense de l’argent et se déplace chaque matin pour les nourrir sur la place en bas de chez moi. C’est donc chaque jour le parcours du combattant pour atteindre l’arrêt de tram sans être canardée.
Alors, comment vivre ensemble ? Comment faire cohabiter ces mondes si différents, avec des règles si différentes — et sont-ils totalement incompatibles ?
Internet regorge de conseils pour se débarrasser des pigeons. Nous les connaissons pour la plupart, et leur efficacité laisse à désirer : tous recommandent de multiplier les techniques, de les associer, de les varier régulièrement — sans quoi, les pigeons s’habituent et finissent par contourner nos stratagèmes.
Finalement, je me suis tournée vers le livre de ma compatriote Vinciane Despret, Habiter en oiseau, qui ne nous pousse pas du tout à chasser ce qui nous dérange, mais à observer.
Elle cite d’ailleurs plusieurs amateurs passionnés ayant poussé l’observation si loin que le monde scientifique a fini par suivre. Lui aussi se prenait pour le centre du monde, analysant les espèces selon nos propres règles, sans prendre la peine d’observer la complexité de leurs relations et de leur communication.
Willy
Il est arrivé un drame sur mon balcon au printemps dernier. Un oisillon est tombé et s’est retrouvé coincé chez moi.
J’ai assisté tout l’après-midi à une mission de sauvetage : la maman venait apporter à manger au petit maladroit, le papa lui donnait des cours express d’envol pour l’aider à se sortir de ce mauvais pas, et le petit courait courageusement à leurs côtés — sans parvenir à s’élever suffisamment.
De mon côté, je lui ai apporté de l’eau. L’urgence était de le sortir de là avant la tombée de la nuit, qui s’annonçait très fraîche.
Malheureusement, le soleil est parti. J’ai laissé au petit de quoi s’abriter, mais je n’y connais rien en protection d’oisillon contre le froid — et je l’ai retrouvé inanimé le lendemain matin, sous les chiffons.
Nos mondes s’étaient mêlés cet après-midi-là. Ce que nous avions vécu ensemble, les oiseaux et moi, avait été très intense.
Je l’ai appelé Willy, comme mon Papy, qui adorait les oiseaux à tel point qu’il avait la patience de les attendre, de leur inspirer confiance, jusqu’à ce qu’ils viennent s’installer sur lui. Un spectacle que je n’ai jamais revu avec personne d’autre.

Pigeons en ville : apprendre à cohabiter ?
Pour en revenir à nos pigeons : que faire ? Entre l’observation patiente de mon Papy et la harpie que je suis, existe-t-il des solutions ? Force est de constater que la cohabitation est inévitable — avec les oiseaux, les insectes (les moustiques vont bientôt faire leur retour), ou même les bactéries qui nous constituent en partie. Nous faisons partie de plusieurs mondes que nous pouvons tenter d’ignorer, mais qui existent bel et bien.
Si je me mets en mode observation, il est plutôt mignon, ce couple de pigeons qui cherche peut-être juste un endroit pour s’accoupler, pour construire un petit nid d’amour. Mais je reste sur ma position : pas chez moi.
Finalement, la seule chose qui a vraiment fonctionné — parmi les huiles essentielles, le vinaigre, les épices et autres — c’est tout simplement les obstacles. J’avais bien rangé le cagibi, j’y ai remis du bazar (parfois même un peu en équilibre précaire), et il semble que ça les incommode suffisamment pour qu’ils aillent voir ailleurs.
Et toi, quelle est ta relation avec les pigeons ? Plutôt harpie, ou plutôt Papy ?



4 réponses
Chez nous, pas de cohabitation possible tout court, car avec trois chats chasseurs, ça ne marcherait pas !
😄 Ah oui, là c’est une autre forme de régulation… plutôt efficace !
Ah, moi aussi, je déteste les pigeons. Non pas à cause d’eux, mais à cause de leurs fientes acides qui dégradent pas mal de matériaux. Donc dès que j’en aperçois un sur mon balcon… Comme toi, je deviens harpie. Les pigeons, ils vont où ils veulent… sauf chez moi ! 😅😂
Tout l’enjeu, c’est de leur faire comprendre très vite qu’ils ne sont pas les bienvenus 😊